Par Younes El. · Publié le · 8 min de lecture
Refonte de site internet : quand la décider et comment la conduire sans perdre ses visiteurs
Vous savez que votre site ne convient plus, et vous avez peur de tout casser en le refaisant. La peur est raisonnable : une refonte mal préparée efface des années de visites en une semaine. Bien conduite, elle se passe sans que vos visiteurs s’en aperçoivent, sinon en mieux.
Retoucher, refondre ou repartir de zéro
Ces trois mots recouvrent des chantiers très différents, et beaucoup de déceptions viennent de les confondre. Retoucher, c’est changer des textes, des photos, un bouton, sans toucher à la structure. Refondre, c’est reprendre l’organisation des pages, le graphisme et souvent la technique, en gardant ce qui marche : les contenus utiles, les adresses qui reçoivent des visites, le nom de domaine. Repartir de zéro, c’est quand il ne reste rien à garder.
La bonne question n’est donc pas « faut-il refaire mon site ? » mais « qu’est-ce qui, dans mon site actuel, mérite de survivre ? ». Pour savoir si le moment est venu, le guide « Les signes qui montrent qu’il est temps de refondre votre site internet » détaille les signaux techniques, de contenu et d’usage. Celui-ci prend la suite : la décision est prise, comment s’y prendre.
Ce qu’il faut relever avant de toucher à quoi que ce soit
Une refonte commence par un état des lieux, et c’est la partie que l’on est tenté de sauter. Il ne demande ni outil coûteux ni compétence particulière : il demande de noter ce qui existe avant que ça disparaisse. Cinq relevés suffisent pour la plupart des sites.
- La liste de toutes les adresses (URL) du site actuel, y compris celles qui ne figurent pas dans le menu
- Les pages qui reçoivent des visites depuis les moteurs de recherche, que la Search Console de Google indique gratuitement
- Les contenus qui font votre travail de vente : pages de prestation, réponses aux questions fréquentes, réalisations
- Les accès : nom de domaine, hébergement, messagerie, comptes de mesure d’audience, avec le nom du titulaire de chacun
- Les informations légales affichées aujourd’hui, à reprendre sur le nouveau site
Écrire ce que le nouveau site doit faire
France Num, le portail public de la transformation numérique des entreprises, recommande de prendre le temps de définir ses objectifs avant tout : gagner en visibilité, améliorer sa notoriété, fidéliser, obtenir des demandes de devis, vendre en ligne. Selon l’objectif, on ne choisit pas le même type de site. Le même portail conseille de rédiger un cahier des charges à partir de ces besoins, de l’envoyer à plusieurs professionnels et de comparer leurs réponses.
Un cahier des charges n’a pas besoin d’être un gros document. Deux pages suffisent : à qui le site s’adresse, ce que le visiteur doit pouvoir faire en moins d’une minute (vous appeler, réserver, demander un devis), les pages à conserver, les fonctions nécessaires (formulaire, prise de rendez-vous, langues), et ce que vous voulez pouvoir modifier vous-même. La précision des réponses, la lisibilité du devis et les questions posées en retour vous aideront, dit France Num, à repérer le meilleur candidat.
Le même portail insiste sur un point qui vaut pour une refonte comme pour une création : assurez-vous d’être propriétaire de votre site et de son nom de domaine. Posez la question par écrit avant de signer.
Les adresses : le point où les refontes perdent leurs visiteurs
Si les pages changent d’adresse dans la refonte, chaque ancienne adresse doit renvoyer vers la nouvelle. Sans cela, quelqu’un qui suit un lien depuis un autre site, un favori ou un résultat de recherche tombe sur une erreur, et le moteur de recherche finit par oublier la page. La documentation de Google sur les déménagements de site demande de préparer une correspondance entre les anciennes adresses et les nouvelles, puis de configurer le serveur pour qu’il redirige de façon permanente (codes 301 ou 308) chaque ancienne adresse vers son équivalent.
La même documentation précise plusieurs pièges. Ne pas renvoyer des dizaines d’anciennes pages vers une seule page d’accueil ou une page sans rapport. Garder les chaînes de redirections courtes. Conserver les redirections aussi longtemps que possible, en général au moins un an. Soumettre un nouveau plan de site (sitemap) dans la Search Console. Et, quand le site a été préparé sur une version de test, retirer les blocages : Google signale que certains propriétaires bloquent l’exploration ou posent des balises « noindex » pendant la fabrication, et qu’il faut penser à les lever au moment de la mise en ligne.
Ce qu’on garde, ce qu’on réécrit, ce qu’on supprime
Vos relevés de départ donnent la règle. Une page qui reçoit des visites et convainc garde son adresse et l’essentiel de son texte : on l’améliore sans la déplacer. Une page qui reçoit des visites mais convainc mal se réécrit à la même adresse. Une page que personne ne visite et qui ne sert à rien peut disparaître, à condition de ne pas laisser d’erreur derrière elle : Google recommande d’afficher une vraie erreur pour les pages supprimées ou fusionnées, plutôt que de les renvoyer toutes vers l’accueil.
C’est aussi le bon moment pour réécrire dans les mots de vos clients. Un texte qui décrit une prestation avec le vocabulaire du métier, alors que le client cherche avec les mots de tous les jours, coûte des visites que la technique ne rattrapera pas.
Mesurer avant, mesurer après
Une refonte se juge sur des repères, pas sur une impression. Google et son équipe web.dev publient trois mesures de l’expérience de la page, les Core Web Vitals, avec des seuils recommandés : le contenu principal doit s’afficher en 2,5 secondes ou moins, la page doit réagir à une action en 200 millisecondes ou moins, et la mise en page ne doit pas sauter (un score de décalage de 0,1 ou moins). Ces seuils se mesurent sur le 75e centile des chargements, c’est-à-dire sur les trois quarts des visites, en séparant mobile et ordinateur.
Relevez ces trois valeurs sur l’ancien site avant la refonte, puis sur le nouveau après. Notez aussi le nombre de demandes de contact reçues par mois : c’est le seul indicateur qui compte vraiment pour une petite entreprise.
Ce que le nouveau site doit afficher dès le premier jour
Une refonte est l’occasion de réparer les oublis, et de ne pas en créer. Les mentions légales d’abord : Service-Public.fr rappelle que tous les sites professionnels doivent afficher des mentions pour l’information du public (identité de l’éditeur, coordonnées, identité de l’hébergeur), et que le manquement est sanctionné. Le contenu exact dépend de votre statut, entrepreneur individuel ou société.
Les cookies ensuite. La CNIL indique que les traceurs de mesure d’audience peuvent être exemptés de consentement à des conditions précises : finalité strictement limitée à la mesure d’audience, pour le compte exclusif de l’éditeur, et production de données statistiques anonymes uniquement. Si votre nouveau site embarque des outils qui ne remplissent pas ces conditions, le consentement préalable est nécessaire. Le guide sur le RGPD détaille ce point.
Après la mise en ligne
La mise en ligne n’est pas la fin. Vérifiez que chaque formulaire arrive dans votre boîte, que les anciennes adresses importantes redirigent bien, que la Search Console ne remonte pas d’erreurs nouvelles, et que le site s’affiche correctement sur un vrai téléphone, pas seulement sur un écran d’ordinateur réduit.
Ne paniquez pas devant des variations de fréquentation les premières semaines. Google écrit que tout changement important sur un site peut provoquer des fluctuations de classement pendant que ses robots réexplorent le site, et que pour un site de taille moyenne, il faut compter quelques semaines ou plus pour que les nouvelles adresses remplacent progressivement les anciennes dans les résultats. C’est normal ; ce qui ne l’est pas, c’est une chute qui dure ou des pages qui disparaissent : c’est le signe d’une redirection oubliée.
Questions fréquentes
Faut-il changer de nom de domaine lors d’une refonte ?
Non, sauf raison sérieuse. Google précise qu’un changement de domaine demande des étapes supplémentaires dans la Search Console (outil de changement d’adresse) et des redirections sur toutes les variantes de l’ancien nom. Garder son adresse conserve ce que les autres sites et vos clients connaissent déjà.
Combien de temps garder les redirections ?
Google recommande de les garder aussi longtemps que possible, en général au moins un an, ce qui laisse à ses systèmes le temps de transférer les signaux vers les nouvelles adresses. Du point de vue des visiteurs, on peut les garder sans limite.
Une refonte fait-elle perdre son classement dans Google ?
Elle peut provoquer des variations temporaires, que Google décrit comme normales pendant qu’il réexplore le site. Les redirections permanentes ne font pas perdre de valeur aux liens, selon sa documentation : le risque vient surtout des adresses oubliées, des blocages laissés par la version de test et des contenus supprimés sans remplacement.
Que doit contenir un cahier des charges pour une refonte ?
Vos objectifs, le public visé, ce que le visiteur doit pouvoir faire, les pages à conserver et leurs adresses, les fonctions nécessaires, ce que vous voulez modifier vous-même, et la question de la propriété du site et du domaine. France Num recommande de l’envoyer à plusieurs professionnels et de comparer leurs réponses.
Puis-je faire la refonte par étapes ?
Oui. Google indique qu’on peut déplacer un site par sections. Pour un petit site, refaire d’abord les pages qui reçoivent le plus de visites, puis le reste, limite le risque et permet de vérifier les effets avant de continuer.
Sources
- Site Moves and Migrations (déménagements et migrations de site) · Google Search Central · consulté le
Correspondance des adresses, redirections 301 et 308, durée de conservation, plan de site, blocages de la version de test, fluctuations attendues. - Web Vitals · web.dev (Google) · consulté le
Seuils recommandés des Core Web Vitals : 2,5 s, 200 ms, 0,1, mesurés au 75e centile. - Combien payer pour un site web ou un site e-commerce ? · France Num (publié le 6 mai 2021, mis à jour le 20 juin 2025) · consulté le
Définir ses objectifs, rédiger un cahier des charges, comparer plusieurs professionnels, être propriétaire du site et du domaine. - Mentions obligatoires sur le site internet d’un entrepreneur individuel · Service-Public.fr, Entreprendre (page vérifiée le 31 juillet 2023) · consulté le
Mentions légales exigées sur tout site professionnel, sanction du manquement. - Cookies : solutions pour les outils de mesure d’audience · CNIL · consulté le
Conditions d’exemption de consentement pour la mesure d’audience.